Qu'est-ce qu'un OGM ?

Cette page est introductive. Nous y expliquons :

Un OGM est un acronyme qui désigne un Organisme Génétiquement Manipulé ou Modifié. Déjà les termes nécessitent une discussion car quand on dit que l'OGM est un organisme manipulé, on rappelle qu'il résulte d'une manipulation, ce qui, implicitement, souligne le caractère de fabrication humaine. En fait, l'usage est plutôt de dire que c'est un Organisme Génétiquement Modifié après que des agences de communication aient déconseillé la référence à une manip'.

Qu'est-ce donc qu'un OGM ?

Définition d'un O.G.M.

On trouve dans la directive européenne 90/220 rectifiée par la directive ultérieure 2001/18 (disponible sur la toile en version consolidée ou en version locale) la définition suivante : un OGM est

« un organisme, à l'exception des êtres humains, dont le matériel génétique a été modifié d'une manière qui ne s'effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle. »

Donc la définition légale montre déjà bien que ces OGM ne résultent pas d'un procédé naturel ... Cela peut sembler évident, mais plusieurs grands scientifiques, y compris du secteur public, le refusent. Ils continuent de ne pas voir de saut qualitatif entre le fait de faire une tomate avec un gène de poisson (un exemple d'OGM !) et le travail de sélection variétale du paysan. Ce travail a rendu possible l'adaptation de plantes à des milieux pour lesquelles elles ne se seraient probablement pas adaptées seules.

Par exemple, Jean-Marc Reichhart, responsable de l'Unité propre du CNRS Réponse immunitaire et développement chez les Insectes définit un OGM : « Textuellement, un OGM est un Organisme Génétiquement Modifié. Nous sommes tous des OGM par rapport à nos parents et nos enfants sont des OGM par rapport à nous.» (cf. http://science-citoyen.u-strasbg.fr/dossiers/ogm/ogm/humeur/hum-reic.html ou sa version cache) ! Si tous les organismes sont des OGM, pourquoi s'en préoccuper ?

On pourra consulter une discussion approfondie des raisons de la cécité de tant de scientifiques. On peut aussi lire ci-dessous ce qu'écrit Hervé Le Guyader [1], spécialiste de biologie du développement à Jussieu, en parlant des morceaux de gène insérés pour la fabrication d'un OGM bactérien, végétal ou animal :

La séquence n'est pas pourvue de toutes les caractéristiques biologiques ; c'est une molécule artificielle, fabriquée de la main de l'homme. Affirmer que faire un OGM revient à mimer la nature, comme on l'entend parfois, relève d'un double mensonge :
  1. le transfert horizontal de gène (c'est à dire le passage d'un organisme d'une espèce à un organisme d'une autre espèce), s'il est fréquent chez les archées et les eubactéries, n'est que très exceptionnel chez les eucaryotes [comme l'homme, les animaux], et en particulier chez les animaux et les plantes vertes terrestres;
  2. dans le cas d'un OGM, le transfert n'intéresse pas une séquence recombinante naturelle, c'est à dire une séquence résultant de processus biologiques mis en oeuvre au cours de l'histoire évolutive d'un organisme, mais une séquence artificielle, chimère, résultant d'un assemblage en laboratoire, et qui possède les caractéristiques biologiques que, pour le moment, on attribue au gène.

On pourrait aussi se demander si ces constructions OGM-chimère biologiques, sont stables comme le sont les plantes normales. On trouvera une explication scientifique un peu absconse, mais très précise de ce que ces plantes ne sont pas stables.

On peut donc conlure qu'un OGM n'est pas un élément naturel (bien que cet adjectif soit très difficile à définir). Ceux qui prétendent le contraire ne font donc qu'essayer de nous endormir pour qu'on ne leur demande pas des comptes.

Quelques bases simples de biologie (cf. compléments pour approfondir)

L'information génétique est codée par des molécules d'ADN (Acide Désoxyribo Nucléique). Celles-ci utilisent les mêmes éléments, que l'organisme soit une bactérie, une plante ou un animal (donc l'homme). Cette information est essentiellement portée par des gènes situés sur les chromosomes qui sont transmis par moitié à la descendance (dans la reproduction sexuée) : une issu du père, l'autre de la mère. Un gène permet de synthétiser une protéine, laquelle a une fonction biologique. Par exemple, l'hémoglobine est une protéine. Elle permet le transport d'oxygène pour les humains notamment et est synthétisée par un gène.

Comme il existe aussi de nombreuses modifications aléatoires lors de la reproduction, le génome (l'ensemble des informations génétiques) d'un enfant n'est pas une moitié du génome de sa mère et une moitié de celui de son père accolés.

On prendra garde au fait que l'individu ne se réduit pas à son génome. Ainsi, deux jumeaux homozygotes (dits vrais jumeaux) ont le même génome. Ils ne sont pourtant pas identiques : ils ne sont pas une "photocopie" l'un de l'autre, même s'ils se ressemblent. De plus, un animal (y compris l'homme) a aussi une dimension d'éducation, de socialisation qu'une vision mécaniste oublierait.

En approfondissant, on verrait que ce qui précède, volontairement simplificateur, n'est pas complet. Mais notre volonté est de faire comprendre des rudiments de biologie tout en soulignant les limites de la vision mécaniste que nous présentons.

Comment fait-on un OGM ? (Cf. compléments pour approfondir)

Un premier type d'OGM

Depuis plus de 70 ans, les agriculteurs biologiques utilisent une bactérie (Bacillus thuringensis ou Bt) dont on sait que si on l'épand écrasée sur des champs, elle a un effet insecticide : elle tue certains insectes. On s'est donc dit que si l'on identifiait le gène qui fait émettre la protéine à cette bactérie, on pourrait insérer ce gène dans le maïs. Du coup, le maïs émettrait cet insecticide pour tuer les insectes (pas forcément seulement ceux nuisibles). Un tel maïs-insecticide est le premier exemple, concret et réel, d'un OGM. Bref, si l'on veut vendre cet OGM, on peut essayer de le vendre comme écolo, voire bio ... et c'est bien le discours de la majorité des scientifiques, du secteur privé comme du secteur public, sans parler des multinationales.

On a même dit que ce maïs n'aurait plus besoin qu'on mette d'insecticide et donc qu'il polluerait moins ... ce qui est un mensonge grossier. En effet, même si cet OGM "marchait", le paysan n'aurait plus besoin de mettre d'insecticide, mais c'est parce que la plante le ferait ... Or, la seule question serait de savoir quelle quantité elle en émet. Le secteur privé (et même le secteur public !!) ne s'en est pas préoccupé, mais il semblerait que ce soit entre 10 000 et 100 000 fois plus que l'agriculteur bio (sachant que la protéine n'est en fait pas la même). Ce maïs OGM pollue donc plus, n'en déplaise aux scientifiques et aux multinationales. Prenons un exemple : la CGB est l'organisme d'Etat qui est chargé de conseiller l'Etat pour les aspects scientifiques des OGM en vue de leur autorisation éventuelle. Elle parle d'un maïs « tolérant à l'insecte » alors qu'il tue l'insecte ! Dans sa présentation d'elle-même et de ses objectifs (Cf. aussi la copie cachée), la CGB explique qu'un tel maïs « pollue moins » ! Si l'on ne peut pas avoir confiance dans les scientifiques et l'Etat ...

De plus, les insectes étant confrontés à cet insecticide toute l'année, par toutes les parties de la plante, on crée une forte pression de sélection pour encourager les mutations pour fabriquer des super insectes résistants à cet insecticide ... Est-ce bien raisonnable ? A qui cela profite-t-il en dernier recours ?

Dans leur volonté de travailler à l'acceptabilité (en clair à nous les faire gober), les grandes instances nationales (CGB, ...) qualifient cet OGM de « tolérant à l'insecte ». Donc dans le monde politiquement correct des biotechnologies (promues par le secteur public !), quand on tue un insecte, on lui est tolérant !!! On trouvera plus de détails dans le compte-rendu d'une conférence faite au sénat sur les manipulations du langage (en clair la propagande) des biotechnologies.

Enfin, on doit noter plusieurs omissions dans la présentation volontairement simplifiée de cet OGM :

Un deuxième type d'OGM

Il existe des plantes qui résistent à des herbicides. C'est toujorus du à une protéine qui dégrade l'herbicide et le fait stocker par la plante sans qu'elle meure. Les biotechnologues ont ainsi eu l'idée d'extraire le gène de résistance à un herbicide pour l'insérer dans d'autres plantes (maïs, soja, coton, ...). cela donne des OGM « résistants à un herbicide ». Certains, dont l'INRA, disent que, grâce à cet OGM, on utilise moins d'herbicide. Outre que la consommation n'a pas diminué, on peut dire que si une plante résiste à un herbicide, elle peut, par croisement, transmettre ce gène à d'autres plantes. Cela peut arriver vers des "mauvaises herbes" plus ou moins proches comme pour le colza qui a plusieurs espèces sauvages proches (ravenelle, ...). Bien sûr, dans le cas où il n'y a pas d'espèce sauvage génétiquement proche, la dissémination vers les espèces sauvages est très nettement moins probable, mais pas impossible (cf. l'article sur les disséminations entre espèces différentes [3]). En Europe, il n'y a pas d'espèce sauvage de plante avec laquelle le maïs puisse se croiser. De toute façon, la contamination est très forte avec les espèces conventionelles (c'est à dire non OGM). Le risque principal est donc sur le maïs conventionnel.

Au Mexique, d'où le maïs est originaire, il y a de nombreuses "mauvaises herbes" avec lesquelles le maïs OGM pourrait se croiser. Or, on a déjà constaté des contaminations probablement dues à des sacs vendus en contrebande par des biotechs. Les contaminations sapent la crédibilité de la filière bio et de la filière classique qui ne peuvent garantir être sans OGM. Donc elles profitent aux biotechs. Peut-on être sûrs que ces contamination ne sont pas intentionnelles ?

En fait, il est déjà arrivé au Canada des disséminations de gènes de résistance à trois herbicides différents pour un même fermier en seulement trois ans [4] ! On a donc créé des mauvaises herbes super-résistantes. Le Progrès si facilement invoqué (c'est la cas de le dire) pour justifier toujours plus de techniques fait donc que nous aurons peut-être à arracher les mauvaises herbes à la main pour manger ? !

Bref historique de la transgénèse

En 1972, une équipe américaine dirigée par Paul Berg (Stanford) crée une molécule d'ADN hybride à partir de l'ADN du singe et de celui d'une bactérie. Il s agit de la première manipulation génétique.

En 1973, Stanley Cohen et Herbert Boyer utilisent les techniques de recombinaison de l'ADN pour créer ce qu'ils appeleront une chimère génétique. Comme cette appellation est moins vendeuse que OGM, elle a été abandonnée par les scientifiques.

En 1974, à Asilomar, les scientifiques cosignent un moratoire décidant l'arrêt de tout transfert de gènes. A l'époque, les spécialistes étaient en très petit nombre, ce qui a facilité les discussions. Ce serait impensable aujourd'hui que les biologistes moléculaires forment une communauté très nombreuse.

En 1975, une conférence organisée à Asilomar, près de San Francisco, autorise la reprise des expériences, assorties de plusieurs précautions.

A partir des années 80, les expériences se multiplient en laboratoire.

Les premiers organismes transgéniques :

La première bactérie modifiée génétiquement date de 1973. Notons que les bactéries échangent couramment des gènes. Mais ce procédé, naturel, ne correspond pas à une manipulation génétique où l'intention de l'humain entre en jeu.

La première plante transgénique, un tabac résistant à un herbicide, fut créée en 1983.

En 1986, le premier essai en champ était pour un tabac résistant à un herbicide. Il a eu lieu en même temps aux EUA et en France (SEITA).

En 1994, la tomate MacGregor, dite Flavr Savr (Flavour Savour) apparaît sur le marché américain, vendue 2 à 3 fois plus cher. En fait, elle est infecte, avec un goût d'acier qui n'est pas du à la variété, mais probablement à l'activation d'un autre gène. On ne sait pas encore.

En 1994, c'est également le premier OGM commercialisé en Europe pour la production de semences, un tabac résistant à un herbicide.

Les surfaces :

En 1995, 1 million d'hectares ; en 1997, 11 millions d'ha ; en 1998, près de 30 ; en 1999, près de 40 ; en 2000, on stagne à 41 millions d'hectares.

Quelques références :

[1] Hervé Le Guyader, Qu'est -ce qu'un gène ? Une petite histoire du concept Le courrier de l'environnement de l'INRA n° 44 octobre 2001 p.53-63. Pour l'aspect histoire de la notion de gène, ce texte contient plusieurs erreurs. On se reportera plutôt à Histoire de la notion de gène André Pichot Seuil.
[2] Windels P, Taverniers I, Depicker A, Van Bockstaele E and De Loose M (2001). Characterisation of the Roundup Ready soybean insert. Eur. Food Res. Technol. DOI 10.1007/ s002170100336, © Springer-Verlag;
Cf. aussi la dépèche (en anglais) de Reuters sur ce même sujet.
[3] Yangrae Cho, Yin-Long Qiu, Peter Kuhlman, et Jeffrey D. Palmer Explosive invasion of plant mitochondria by a group I intron PNAS -- Vol. 95, Issue 24, 14244-14249, November 24, 1998
[4] Hall L, Topinka K, Huffman J, Davis L, and Good A. Pollen flow between herbicide-resistant Brassica napus is the cause of multiple-resistant B. napus volunteers. Weed Science 2000, 48, 688-94.

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