Dans les deux recueils de René Riesel déjà publiés
par nos soins (Déclaration sur l'agriculture transgénique
et Aveux complets des véritables mobiles du crime commis au CIRAD le
5 juin 1999), on trouvait les différents textes dont il a accompagné,
de 1998 à 2001, ses interventions dans la tentative d'opposition aux avancées
du génie génétique. On sait ce qu'il est advenu de cette
« lutte contre les OGM », d'abord travestie en dénonciation
de la « malbouffe » avant d'être médiatiquement recyclée
dans la pseudo-contestation « citoyenne » des inégalités
induites par la « mondialisation néo-libérale ». Dans
ce texte, Riesel revient sur la dénaturation de cette première tentative
de résistance ouverte aux projets de perfectionnement de l'artificialisation
de la vie. Il montre que le citoyennisme n'a accompli là que ce qui est
proprement sa besogne historique : perpétuer et aggraver la confusion des
esprits, développer la demande sociale de protection dans la catastrophe
et le chaos permanents devenus des conditions normales d'existence.
Répondant aux objections de tous bords qui lui ont été opposées,
il justifie le recours à la notion, opératoire, de société
industrielle pour désigner le ressort central de ces conditions. À
la négation de la nature, aux tentatives, à coup de bricolages néotechnologiques,
d'en finaliser le saccage par la substitution d'une seconde nature industriellement
synthétisée, répondent à ses yeux, terme à
terme, les progrès de la domestication désormais revendiquée
par une humanité affolée, affamée d'ersatz et gourmande de
prothèses. On constatera que ce « discours si décalé
» (1) en effet, il s'agit toujours ici de chercher les voies vers l'émancipation
persiste tranquillement à se soucier aussi peu de remuscler « le
ventre mou de la gauche et de l'antimondialisation » (2) que de briguer
un statut, fût-il de « penseur de la radicalité » (3).
1. Hervé Kempf
2. Ididem
3. Alain Léhautier, « Du situationnisme à la Confédération
paysanne, un penseur de la radicalité », Libération, 3 février
2001.