André Pichot
Histoire de la notion de gène
Flammarion, collection « Champs », 1999, 347 pp., 64 FF

Conclusion : « Aujourd'hui plus que jamais, l'hérédité est avancée comme explication dernière. Non seulement en biologie, où, associée au darwinisme, elle fait des ravages, mais aussi en psychologie, voire en sociologie. En revanche, on ne se donne jamais la peine de rechercher l'origine de cette notion d'hérédité, ni de préciser son rôle dans l'explication biologique. On fait comme s'il s'agissait d'une donnée naturelle évidente, ayant toujours existé, et dont l'utilité va de soi. En réalité, comme nous l'avons vu, sous son apparente simplicité, c'est une notion très complexe, mal définie et passablement « truquée », utilisée tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, à la faveur d'une ambiguïté que les généticiens se gardent bien d'éclaircir.

La prolifération désordonnée des gènes et les multiples polémiques sur l'inné et l'acquis (hérédité des caractères acquis, pathologies héréditaires, hérédité de l'intelligence, des caractères psychologiques, etc.) sont autant de nuages de fumée destinés à masquer l'effondrement théorique de la discipline et à éviter d'aborder l'essentiel : que signifie la notion d'hérédité, à quoi sert-elle et comment fonctionne-t-elle en biologie ?

Tant qu'il n'y aura pas de réponses claires à ces questions, les polémiques susdites n'auront aucun sens, et les entreprises comme le génie génétique seront condamnées à rester de simples bricolages (dont le principe ne saurait être validé par quelques réussites techniques obtenues à tâtons).

Bien loin de ce que voudrait faire croire le battage médiatique sur ses prétendues applications, la génétique actuelle est, du point de vue théorique, un champ de ruines. Personne ne semble s'en soucier. Pourtant les généticiens ne pourront pas éternellement reprendre le plasma germinatif de Weismann, et le déguiser selon la mode du jour, en remplaçant les biophores par des pangènes, les pangènes par des unités de calcul, les unités de calcul par des loci, les loci par des protéines, les protéines par de l'information, l'information par des séquences ordonnées d'ADN, celles-ci par des séquences moins ordonnées mais corrigées par des régulations, etc. Ils ne pourront pas non plus éternellement contourner les problèmes théoriques en mettant en avant des applications, et en faisant passer les bricolages empiriques du génie génétique pour de la haute technologie.

Il est vrai que des milliers de biologistes travaillent aujourd'hui dans le cadre de cette génétique, et il n'est pas sûr que nombre d'entre eux veuillent y changer quoi que ce soit (ou qu'ils en soient capables). Il est vrai aussi que, comme le dit ironiquement François Lurçat,

« si une théorie, une doctrine ou une pratique font vivre des milliers de chercheurs et satisfont à des critères simples, bureaucratiquement vérifiables (revues avec referees, congrès internationaux, invitations dans les institutions étrangères), elles sont scientifiques sans contestation possible ».

Par conséquent, il est peu probable qu'il y ait un quelconque changement dans un délai rapproché. »

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