Ca ne vous gêne pas, vous, qu'on mette un
gène de poisson dans la fraise, un gène de scorpion
dans le peuplier ? Ca ne vous gêne pas de manger de la viande d'animaux
clonés ? Ca ne vous gêne pas que des scientifiques veuillent créer
la Vie (surtout des hommes d'ailleurs !) ? Ca ne vous gêne pas le
clonage
d'embryons humains ?
Eh bien nous, si !
Même si on nous prouvait qu'il n'y ait pas
de risque alimentaire, ni environnemental, ce bidouillage du vivant constituerait
un motif de plus pour s'opposer aux OGM et au monde qui leur a donné
naissance.
Passé ce coup de colère, il faut savoir mettre des mots sur sa
position. Nous vous soumettons quelques arguments ci-dessous. Si l'un ne vous
convient pas, essayez-en un autre. Il n'est pas nécessaire d'être
d'accord avec tous ces développements pour s'opposer aux OGM.
Qui peut s'exprimer ? Un scientifique a-t-il
plus de poids pour décider ? A l'évidence, si l'on veut comprendre
le travail technique, c'est au scientifique qu'il faut s'adresser. Et encore
si il sait ... Parce que M. Allègre parle aussi des OGM ... Mais de
toute façon, la décision politique revient au citoyen (qui peut
être scientifique, littéraire, chômeur, ...), en tout cas
dans une démocratie comme la notre. Cela peut sembler anodin, mais
il y a un fort glissement, y compris chez les militants, à donner plus
de poids dans la décision, à un scientifique. Cela pose en partie
l'enjeu politique des OGM.
En 1997, la CGB, alors présidée par Axel
Kahn, avait conseillé l'autorisation de cultures de maïs
OGM. Le 12 février 1997, le gouvernement a choisi de ne pas suivre
l'avis de la CGB qui n'est qu'un avis, ce qui est son droit souverain
(!). Le lendemain (13/02/97), Axel Kahn a démissionné
en protestation ! Bien qu'Axel Kahn ait compris plusieurs enjeux philosophiques
derrière la génétique, il a ainsi manifesté
un désir rarement explicité que les politiques obéissent
aux avis des scientifiques, bref que les scientifiques aient le pouvoir
politique. C'est finalement le triomphe des positivistes du XIX e siècle
qui demandaient cela explicitement !
Nous irons plus loin en affirmant que s'il est bien de proposer des arguments,
ce qui fonde a position politique (sur tout sujet) reste, en dernier
ressort, notre conviction, la façon dont nous voudrions que le monde
soit ... notre métaphysique.
Notez que, dans une démocratie, la question"qui peut décider"
est première et nous prétendons que tout le monde a son mot
à dire, qu'il connaisse la biologie moléculaire ou non.
Certes, les sondages tendent à
montrer qu'une large majorité des européens refusent les OGM
et donc qu'ils devraient être interdits. Mais ce qui fonde notre position
n'est pas que nous sommes dans la majorité, mais bien que c'est ce
que nous pensons, de façon libre et souveraine.
PGM, animaux génétiquement modifiés, viande clonée,
... Mais jusqu'où s'arrêteront-ils ? Il faut bien reconnaître
que ce sont les mêmes qui nous fourguent les PGM, les animaux OGM, ...
et dès qu'on accepte l'une de leurs inventions, ils nous proposent
la suivante. Et comme il paraît qu'on n'arrête pas le Progrès
(cf. ci-après), beaucoup acceptent de peur de passer pour des partisans
du retour à l'âge de pierre, à la bougie ou avant les
bombes atomiques ...
Sans un geste fort, cette fuite en avant scientifique et technique n'a aucune
raison de s'arrêter ... avant le pire.
« Quand bien même ces valeurs ne vaincraient
jamais, nous nous devons d'assurer leur pérennité pour
notre temps sur terre, car c'est ainsi que nous aimons vivre, comme
pour les transmettre à la postérité, ainsi que
tant d'autres l'ont fait avant nous. » Jacques Philiponneau cité
in A trop Courber l'échine numéro 6
« On n'arrête pas le Progrès »
Mais qu'est-ce que « le Progrès » ? Force est de constater
que l'article défini « le » permet de ... ne pas définir
car personne ne peut définir ce mot de façon fiable. En revanche,
avec l'article indéfini « un Progrès » est un mot
dont on peut imaginer des définitions. Mais ce qui est invoqué
(sic) est toujours « le Progrès », comme un dieu moderne,
celui qui garantirait qu'il existe un sens à l'histoire (en clair que
nous serions meilleur que nos parents, mais moins bons que nos enfants et
que nous tirerions parti des erreurs du passé ...).
Notez d'ailleurs, que si « le Progrès » garantit quoi que
ce soit sur l'Histoire, alors l'action politique ne peut pas nuire et donc
aussi ne peut pas apporter de bien. Bref, c'est la théorie de la fin
de l'histoire de Francis Fukuyama notamment qui condamne l'action politique,
l'engagement, ... C'est bien le mythe des positivistes du XIXème siècle
qui est en passe de se réaliser et qui fait peur. Un monde dans lequel
des scientifiques (aussi pointus soient-ils) qui nous diraient nos lois, nos
comportements. Cela pose aussi un problème politique.
Derrière les OGM, un monde mécaniste,
sans limite, où la volonté (de quelques-uns) dessine le monde
...
Est-ce vraiment par hasard si c'est dans nos sociétés industrielles
(y compris la Chine communiste !) que certains voudraient voir et faire marcher
le vivant comme une mécanique ? Est-ce par hasard aussi si on a tous
ressenti, un jour ou l'autre, l'impression de n'être qu'un rouage dans
une mécanique qui nous engloberait ? N'y a-t-il pas une profonde unité
entre ces idéologies, l'une s'appliquant à nous, l'autre au
vivant ?
Vu ce mouvement de fond qui nous fait tendre au pire, avec la complicité
de gens drapés de probité candide et de blouses blanches, n'est-ce
pas le moment de dire STOP ?
Certes, cette vision du vivant n'est pas
complètement fausse et parfois, elle fonctionne. Mais justement,
elle devrait coexister avec une vision plus intégratrice, holistique,
... mais elle est hégémonique comme l'agriculture qu'elle engendre.
A lutter contre cette vision du vivant, il faut aussi prendre garde à
ne pas l'intégrer à nos conceptions :
«Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde
de ne pas devenir monstre soi-même. Si tu plonges longuement ton regard
dans l'abîme, l'abîme finit par ancrer son regard en toi. »
Nietzsche Par delà le bien et le mal
Nous souhaiterions parler ici de plusieurs choses :