Résistantes aux toxines d'OGM

Plusieurs choses sont connues et indubitables.
La première est que la présence d'un insecticide (fut-il similaire à un insecticide naturel) risque (selon les doses, l'insecte, ...) d'engendrer une résistance.
La seconde est que l'apparition de cette résistance sera d'autant plus rapide que lexposition est faible (sans être nulle).
La troisième qu'une fois que la résistance est apparue, le simple usage de l'insecticide engendre une pression de sélection favorable à la multiplication de ce mutant. Et donc à terme nous prive de l'insecticide. Et donc nous expose à devoir plus polluer !

Ce qui suit est en deux temps. Une première étude publiée en 2008 avait montré que l'usage intensif d'un coton Bt (en Chine du Nord) avait réduit la prolifération de la noctuelle de la tomate (Helicoverpa armigera) y compris sur les cultures non cibles [3]. Jusque là on peut croire en un avantage des OGM. L'internaute pro-OGM ne pourra pas les accuser d'être anti-OGM (comme si on était alors forcément malhonnête !).
Mais constatant cet effet secondaire « bénéfique » d’une culture OGM sur l’écosystème, ces mêmes chercheurs précisaient déjà dans cet article que « l’impact à long terme du coton Bt sur les arthropodes non cibles dans l’agro-ecosytème local restait à évaluer »
Une nouvelle méta-étude [2] dans la revue Science a montré en 2010 qu'en Chine, l'usage de ce même coton OGM Bt encourage la prolifération de miridés (prédateurs résistants au Bt) et donc à terme accroît l'usage d'insecticides. Comme ils le disent, « du piège à miridés qu’étaient les exploitations conventionnelles de coton, celles de coton Bt sont devenues de véritables couveuses pour ce nuisible ». Ici, c'est
1) en champs (et non en labo)
2) sur 10 ans (et non sur 2 mois)
3) à très grande échelle.

Une première résistance est déjà apparue en 2008 : des chercheurs de l'Université d'Arizona ont mis en évidence le premier cas documenté de résistance d'insectes à une plante génétiquement modifiée pour produire son propre insecticide, un coton OGM porteur d'une toxine Bt, selon Nature Biotechnology [1].

Une étude (2005) montre que l'usage d'une plante avec un double gène Bt est nettement plus efficace pour limiter la propagation de résistances que deux cultures proches de plantes ayant un seul gène (et donc une seule protéine). Autrement dit une technique plus complexe limite la nécessité de recourir à des zones refuge. D'autant que, comme le disent les auteurs, « Avoir un refuge est une bonne stratégie de gestion, mais elle n'est pas adaptée pour les petits fermiers de Chine et d'Inde.» [Zhao]

Référence :
[1] http://fr.news.yahoo.com/afp/20080208/tsc-bio-agr-gen-c2ff8aa_1.html
[Zhao] Jian-Zhou Zhao et al. Concurrent use of transgenic plants expressing a single and two Bacillus thuringiensis genes speeds insect adaptation to pyramided plants 8426–8430 PNAS June 14, 2005 vol. 102 no. 24 Cf. la présentation de leur article. En gros, ils montrent que la présence d'OGM Bt avec un seul gène de type Bt engendre plus facilement l'apparition d'une résistance que si on met deux gènes (et pourquoi pas dix ?).
[2] Mirid Bug Outbreaks in Multiple Crops Correlated with Wide-Scale Adoption of Bt Cotton in China, Yanhui Lu et al.Science 28 May 2010: Vol. 328. no. 5982, pp. 1151 - 1154
[3] Suppression of Cotton Bollworm in Multiple Crops in China in Areas with Bt Toxin–Containing Cotton Science 19 September 2008 Vol. 321. no. 5896, pp. 1676 - 1678. Cf. aussi une page sur le site de VIvagora.

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