Des craintes de transfert de "gènes de médicaments" dans la chaine alimentaire.
"Drug genes could enter food chain". Par Philip Cohen ; San Francisco New Scientist 6 juillet 2002
Traduction : 8/7/2002 par M. Dussandier
Texte original : voir ci-dessous. [L'original ne sera dispo sur le site de la revue que dans quelques jours. http://www.newscientist.com]

Des carences dans la régulation U.S. font craindre des contaminations des cultures vivrières [food crops] par des produits pharmaceutiques.

Des experts ont signalé au New Scientist que les règles proposées par le gouvernment U.S. pour les tests des cultures génétiquement modifiées pour produire des médicaments ne sont pas suffisamment strictes pour éviter la contamination des cultures vivrières [food crops].

Ils signalent que les règles proposées sont basées sur une science approximative, qu'il existe des failles permettant de les esquiver, et que les sociétés n'ont même pas besoin de dévoiler les gènes ajoutés. Ils signalent des conséquences environnementales sévères si une plante "à médicament" venait à se croiser avec d'autres cultures ou des proches sauvages.

Les sociétés de biotechnologies se préparent à produire gràce aux plantes une vaste gamme de produits, depuis les médicaments jusqu'aux vaccins. Selon Jane Rissler, de l'"Union of Concerned Scientists" de Washington, "Ces plantes ont plus de potentiel que n'importe quel autre produit biotech, mais pour parvenir à ses benefices, nous devons prendre garde aux risques." Elle ajoute que le plan du Département à l'agriculture U.S. (USDA) en est loin. Ce qui effraie Rissler et d'autres, est la possibilité d'un retour à la débacle du type Starlink, dans laquelle un mais OGM non prévu pour la consommation humaine a fini sur les rayons des épiceries. Toute contamination impliquant une culture produisant un médicament aurait des conséquences autrement plus sérieuses.

Les règles proposées nécessitent que les plantes "pharmaceutiques" soient séparées des autres cultures dans le temps et dans l'espace. Par exemple, un mais pharmaceutique doit être cultivé à au moins 400 mètres d'un autre mais. Il doit aussi être planté deux semaines avant ou après les cultures proches, de manière à ce qu'elles ne soient pas fertiles au même moment.
D'autres règles similaires ont été établies pour d'autres plantes, envisagées pour produire des médicament, telles l'orge, le riz et la canne à sucre. Mais lorsqu'il s'agit de séparer correctement les récoltes, les règlements sont vague, évoquant seulement "l'identification correcte, l'empaquetage et la ségrégation".

Les sociétés qui violeraient ces procédures risquent des amendes de 250,000 dollars U.S., et les individus des peines de prison pouvant aller jusqu'à 5 ans. James White, le responsable de la branche des évaluations des biotechs à l'USDA pense que les règlements feront leur boulot : "Les chances d'un flot de gène sont de zéro." ("The chance of gene flow is essentially zero. [!!!!!!])

Selon Norman Ellstrand de l'University de Californie, Riverside, membre du comité de l'Académie Nationale des Sciences U.S. (NAS) qui a révisé ces regulations, "Ces règles sont plus dures que les précédentes et j'en suis satisfait, mais il y a de gros trous dans le système."

Le rapport de la NAS signale que certaines des règles de l'USDA ne sont pas basées sur des raisonnement scientifiques clairs. Ainsi, la distance d'isolement pour le mais est simplement le double des 200 mètres recommandés pour les semences OGM.

Le postulat est que cet espacement réduira la contamination à 0,1%, alors qu'il n'y a aucune preuve que le risque de contamination diminue de cette manière avec cette augmentation de distance. La semaine dernière, des scientifiques australiens ont indiqué que du pollen de colza a contaminé des champs se trouvant jusqu'à 3 kilomètres de distance, et qu'il n'y avait aucune diminution avec la distance. (Science, vol 296, p 2386).

Autre problème envisagé : l'USDA se concentre sur l'utilisation projetée du produit cultivé, et ignore ses autres impacts. Par exemple, la société Prodigene, basée au Taxas, demande à cultiver un "mais" [les guillemets sont de moi - MD] produisant de l'avidine, une protéine trouvée dans les oeufs de poule, connue pour tuer ou nuire à 26 espèces d'insectes. Mais du fait que l'avidine n'est pas classifiée comme médicament, la culture n'entre pas dans le cadre de la "pharming regulation" [il y a création d'un mot, de "farming" à "pharming" pour PHARmaceutical farMING" MD]. L'USDA n'a pas non plus recherché les impacts environnementaux du fait que la culture n'était pas faite en vue de tuer des insectes.

Pour Ellstrand, "s'ils avaient utilisé cette même protéine comme insecticide, ils auraient dû demander à l'EPA [Ministère de l'Environnement U.S.] de réguler"

Alors que les propriétés de l'avidine sont bien connues, ce n'est pas le cas pour tous les produits pouvant être cultivés. Ellstrand et ses collègues ont été fort inquiets de découvrir que les descriptions disponibles des gènes ajoutés sont incroyablement vagues.

White indique que l'USDA rendra disponible des "fiches techniques" [fact sheets] sur les gènes plus tard ce mois-ci. Lorsqu'une société souhaite garder secrète l'identité d'un gène, elle lui donnera un nom de code et une description générale, comme par exemple "le gène S est une hormone humaine. sans danger pour les invertébrés," etc.

Il signale égalament que, pour l'instant, les seuls produits cultivés sont des protéines qui, si elles étaient consommées accidentellement, seraient simplement dégérées par les humains ou les animaux. "Les risques sont minimes," selon White. "Personne ne fait de Viagra dans un champ." Mais rien n'empêcherai les sociétés de produire une culture Viagra si elles le voulaient. "C'est un désastre en devenir" dit Doreen Stabinsky, conseillère scientifique pour Greenpeace. "Cultivez cette chose dans une serre ou une cave, mais pas en ciel ouvert, là ou les animaux peuvent emporter les graines."

Ellstrand convient de ce qu'un contrôle plus strict est nécessaire. Les plantes pharmaceutiques pourraient être modifiées génétiquement pour éviter le flot de gènes par l'usage de méthodes telle l'infâme technique dite Terminator, rendant les semences stériles, ou bien une nouvelle technique qualifiée d'Exorciste (cf article "Begone! evil genes" dans cette même revue). Et pour être totalement certain que la nourriture soit saine, il propose qu'on ne puisse utiliser que des plantes qui ne sont pas cultivées pour la consommation.

White signale qu'à partir du moment ou ces règlement sont publiés, le public [etatsunien] dispose de 120 jours pour y répondre. "Je ne serai pas surpris si nous avions des milliers de lettres nous demandant : pas dans la nourriture".

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New Scientist July 6, 2002
Drug genes could enter food chain
BY Philip Cohen; San Francisco

Loopholes in US regulations raise fears that food crops will be contaminated with pharmaceuticals

THE rules the US government is proposing for field tests of crops that have been genetically modified to produce pharmaceutical products are not strict enough to prevent the contamination of food crops, experts have told New Scientist.

They say the proposed rules are based on flawed science, that there are loopholes allowing them to be bypassed, and that companies do not even have to disclose what genes have been added. And they warn of severe environmental consequences if a drug-laced plant were to breed with other crops or wild relatives.

Biotech companies plan to produce a vast range of products, from drugs to vaccines, in plants. "These plants have the potential for more benefit than any other agribiotech product," says Jane Rissler of the Union of Concerned Scientists in Washington DC. "But to realise those benefits we have to be very careful about the risks."

The US Department of Agriculture's (USDA) plans don't come close, she says. What scares Rissler and others is that there could be a rerun of the Starlink debacle, in which GM corn strictly not intended for human consumption ended up on grocery shelves. If any contamination involved a crop producing a potent drug, the consequences could be far more serious, she says.

The proposed rules require the "pharmed" plants to be separated from other crops in time as well as space. For example, pharmed maize must be grown at least 400 metres away from other maize. It must also be planted two weeks before or after nearby crops, so that it isn't fertile at the same time.

Similar regulations have been outlined for other plants that have been engineered to make drugs, including barley, corn, rice and sugar cane. But when it comes to keeping harvested products separate, the rules are vague, talking only of "adequate identification, packaging and segregation".

Companies that violate these procedures can be fined $250,000, and individuals could face jail sentences of up to five years. James White, the USDA's branch chief for biotech evaluations, is confident the rules will do their job: "The chance of gene flow is essentially zero."

"These rules are more stringent than prior recommendations, and I applaud that," says Norman Ellstrand of the University of California, Riverside, who sat on a National Academy of Sciences committee that reviewed the regulations for GM crops.

"But there are big holes in the system." The NAS report points out that some of the USDA's rules have no clear scientific rationale. For instance, the isolation distance for corn is simply double the 200 metres it recommends for the production of GM seeds. The assumption is that this spacing will reduce contamination to 0.1 per cent, but there is no evidence that the contamination risk drops off with this increase in distance.

Only last week, Australian researchers reported that pollen from oilseed rape had contaminated fields up to 3 kilometres away, and that there was no obvious drop-off with distance (Science, vol 296, p 2386).

Another serious concern is that the USDA focuses on the intended use of a crop product and ignores its other possible impacts. For instance, the Texas-based company Prodigene applied to grow maize that produces a chicken-egg protein called avidin, which is known to kill or harm 26 species of insects. But because avidin is not classed as a drug, the crop doesn't come under the pharming regulations. Nor did the USDA look at the maize's environmental impact because the crop wasn't being grown in order to kill insects.

"If they had used the same protein as an insecticide, they would have called in the Environmental Protection Agency to regulate it," says Ellstrand.

While avidin's properties are well known, that is not the case with every drug that might end up being grown in crops. Ellstrand and his colleagues were disturbed to discover that the publicly available descriptions of genes spliced into some plants are incredibly vague.

White says the USDA will start posting fact sheets on genes in transgenic plants later this month. When a company wants to keep the identity of a gene secret, it will give it a code name and a general description, such as "Gene S is a hormone in humans. It is harmless to invertebrates," and so on.

He also says the only drugs so far being grown in crops are proteins that would simply be digested if accidentally eaten by humans or animals. "The risks are minimal," White says. "No one is making Viagra in a field." But there's nothing to stop companies producing a Viagra crop if they want to. "It's a disaster waiting to happen," says Doreen Stabinsky, a science adviser for Greenpeace. "Grow this stuff in a greenhouse or a cave, not in an open field where animals can grab the seeds.

" Ellstrand agrees that stricter containment is needed. Pharmed plants could be genetically engineered to prevent gene flow using methods such as the infamous Terminator technique, which makes seeds sterile, or a newly proposed one dubbed the Exorcist (see "Begone! evil genes"). And to be absolutely certain the food supply is safe, he argues that only plants that aren't grown for food should be used to make drugs.

White points out that when the long-awaited regulations are finally published, the public will have 120 days to respond. "I wouldn't be surprised if we got thousands of letters telling us: not in food."

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