Rencontres de Vendémiaire

La science contestée

Ces rencontres sont organisées par la Convention vie et nature pour une écologie radicale, le Groupement international d'études transdisciplinaires et l'association OGM : dangers.

Jeudi 10 octobre 2002

Intervenants : Stéphanie Daydé (SD) et Frédéric Jacquemart (FJ)

Modérateur : Hervé Le Meur (HLM).

Introduction

J'ai le plaisir d'accueillir maintenant Stéphanie Daydé et Frédéric Jacquemart, tous les deux membres du GIET (Groupe International d'Études Transdisciplinaires Groupe International d'Études Transdisciplinaires 60, Bd Gambetta 30100 Alès ).

Pour introduire un petit peu le sujet de ce soir, encore un fois, nous nous intéresserons au rôle et à la place de la science et une des questions sera : "est-ce que les aspects négatifs de la science sont intrinsèques, ou ne sont-ils que des dérives pour lesquelles on pourrait ériger des gardes-fous ou des contres pouvoirs, tels que ceux évoqués hier ?".

J'aimerais citer, pour commencer, une des personnes qui a voulu penser et astreindre à la science un objectif, c'est Descartes, qui disait de la science qu'elle devait nous donner la possibilité de nous rendre, je cite : "comme maîtres et possesseurs de la nature". Quand je fais des conférences, j'aime bien expliquer que "comme maître", c'est la transgénèse (le vivant est un jeu de mécano) et "comme possesseur de la nature", c'est le brevet sur le vivant.

C'est au moment où se complète le but que Descartes avait assigné à la science qu'on voit qu'il était finalement morbide, un peu comme Chronos qui refusait de vieillir et qui dévorait ses enfants. Un peu de la même façon, la société industrielle veut dévorer le vivant et pas seulement les organismes vivants, mais bien le PRINCIPE du vivant.

Je passe maintenant la parole à Stéphanie Daydé dont je rappelle qu'elle est spécialiste d'écologie des milieux méditerranéens, membre de la FRAPNA et du GIET.

Intervention de Stéphanie Daydé : L'urgence du changement

Vous pouvez consulter le compte rendu de son intervention en cliquant ici. En voici un résumé :

Résumé : l'accélération aveugle de la capacité des technosciences à modifier la nature montre l'inadéquation de la science actuelle avec le monde qu'elle a contribué à créer.

Hervé Le Meur :

Juste avant de passer la parole à Frédéric Jacquemart, je voudrais appuyer ce qui a été dit, en citant Stanislas Lyonnet, qui est professeur de génétique à l'université Paris V, qui disait, dans le Monde daté du 30 janvier 2001 « s'il n'y a rien d'original à constater que la science avance plus vite que l'Homme, il y aurait peut-être une originalité à faire en sorte que des choix difficiles, qui naissent de cette contradiction, soient au moins dits et reconnus » . Je passe maintenant la parole à Frédéric Jacquemart qui est docteur en médecine, docteur ès sciences, ex-chercheur en biologie à l'Institut Pasteur, président de la Fédération Rhône Alpes de Protection de la Nature-Ardèche (FRAPNA), président du Groupe International d'Etudes Transdisciplinaires (GIET). En plus de ces nombreuses casquettes, il a démissionné en 1990 de l'Institut Pasteur pour ne pas contribuer aux manipulations génétiques.

Intervention de Frédéric Jacquemart : Restrictions de la science

Vous pouvez consulter le compte rendu de son intervention en cliquant ici. En voici un résumé :

Résumé : La technoscience triomphante s'affiche comme connaissance universelle. Pourtant ce mode de savoir cache des limitations importantes liées au langage scientifique, à la complexité de son objet et à sa nécessaire déformation.

 

Hervé Le Meur : Je vais essayer très brièvement de faire un condensé d'histoire des sciences.

Un des premiers modèles des sciences, qui est même le parangon de la construction scientifique, ça a été la géométrie euclidienne (on va dire : -500 ans avant J.C.) et l'idée d'Euclide était, à partir de quelques axiomes, de pouvoir en déduire toute la géométrie.

En fait, au début de la physique, on a pensé la physique des points sur le modèle de la géométrie euclidienne. On a donc pensé à utiliser ce modèle, ce parangon, et après, on a continué avec la physique des solides, l'informatique ...Après encore, on a toujours voulu traîner le boulet de la construction axiomatique qui, finalement, remonte à la géométrie euclidienne. Eh puis, maintenant, on voit qu'on essaye de penser la biologie sur ce même modèle de la construction axiomatique. Ce qui est intéressant, c'est que depuis 2500 ans, tout le monde a répété que cette construction axiomatique était parfaite, que c'était vraiment LE modèle. Des gens très intelligents, Descartes et d'autres, ont répété çela. Sauf qu'au XIXe siècle, on s'est aperçu qu'il y avait une erreur. Il manquait un axiome ! Il me semble que cela montre qu'il faut être modeste quand on est scientifique et ne pas prétendre que sa science a atteint la vérité, ce que les scientifiques ne disent jamais mais que tout le monde comprend quand même.

C'est pour ça que, quand Frédéric Jacquemart a parlé d'une nécessaire modestie, je pense qu'elle ne peut être que salutaire.

 

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