Intervention de Armand Farrachi

Vendémiaire 9 octobre 2002

Introduction

Je veux dire d'abord que je ne suis pas un scientifique et que je revendique justement cette qualité pour intervenir en tant que simple citoyen dans des débats qu'il serait dangereux d'abandonner aux seuls experts. Mon propos n'est pas de critiquer le principe de la recherche du savoir ou la curiosité qui incite à comprendre le fonctionnement de la nature ou de la matière, mais de dénoncer la référence absolue à la science comme une idéologie, une idéologie évidemment au service du pouvoir économique et pouvant éventuellement justifier un processus totalitaire dans lequel selon moi nous sommes déjà engagés. Je voudrais montrer qu'en se fondant sur la science comme sur une seule et unique vérité on en arrive à défendre non pas des vérités ou des erreurs scientifiques, mais des croyances, des idées, une idéologie, et que la science qui prétend échapper à toute idéologie secrète en fait sa propre idéologie. Il va de soi que cette contestation ne s'accompagne d'aucun éloge de la bêtise ou de l'ignorance.

I. Lumières, idéologie

Comment est-on passé de la science à l'idéologie ?

Pour le comprendre il faut remonter au XVIIIème siècle, quand les Lumières, en particulier les derniers encyclopédistes, avancent que le développement et la diffusion des connaissances feront reculer l'obscurantisme et la superstition et pourront conduire au bonheur de l'humanité. C'est ce qu'on trouve par exemple chez Condorcet : le progrès des connaissances scientifiques équivaut à un progrès de la vie morale. La science s'apparente alors non pas une connaissance ou à une méthode mais à un ensemble de croyances qui s'exprime dans une doctrine politique, sociale ou philosophique, à un système de valeurs qui gouverne l'imaginaire d'une société. Le danger était évidemment de lier la science à la morale et au bonheur. Nous savons tous aujourd'hui qu'il n'y a aucun rapport entre la science et le bonheur ou la liberté, que les plus cruelles barbaries peuvent naître dans les pays de haut niveau culturel, scientifique et technique.

Chercher une vérité scientifique est chose, lui donner un sens philosophique en est une autre.

II La rationalité

Avant même la science, le droit du plus savant est déjà fondé sur le plus rationnel, qui s'opposait évidemment à la religion et même à la magie. Mais le culte de la Raison célébré à la Révolution a sa perversité parce qu'il est exclusif des autres. La rationalisation c'est déjà un mode de gestion du travail social, de l'industrialisation, de l'urbanisation. Elle vise à obtenir les meilleurs résultats, c'est-à-dire un accroissement de productivité d'une activité humaine, d'ailleurs de plus en plus instrumentalisée par la technique. Elle s'impose à la nature. Elle s'oppose à la nature. Descartes définit l'homme " maître et possesseur de la nature ".

Selon moi, tout ce qui nous est ôté de nature nous est rendu en contraintes. A la place d'un pré, on construit un parking, avec parcmètres, des règles arbitraires, etc. C'est ce que dit Herbert Marcuse dans L'homme unidimensionnel : " La méthode scientifique qui a permis une maîtrise toujours plus efficace de la nature en est venue à fournir aussi les concepts purs de même que les instruments pour une domination toujours plus efficace de l'homme sur l'homme au moyen de la maîtrise de la nature. "

La rationalité est déjà non seulement une forme de pensée qui en vaut bien une autre mais un moyen de domination politique opposée non seulement à la nature et aux animaux mais aux cultures des peuples sans science et sans progrès et qui ont plutôt de la nature une vision mythique, religieuse ou métaphysique, et qui ont donc pu pour cela être tenus pour inférieurs, réduits en esclavage, dominés ou exterminés. Elle peut tout à fait s'estimer en terme " recettes-dépenses ", comme l'économie. Enfin, il est idéologique d'appeler rationnel ce qui n'est qu'un raisonnement partiel et qui s'apparente parfois à une pure logique de l'absurde, exemple : travailler davantage dans un environnement toxique pour s'offrir les soins qui permettent d'y remédier ou travailler à s'acheter une voiture qui permettra de se rendre au travail. Le développement de la rationalité et de la science coïncide exactement avec la conquête et la domination du monde par l'Occident, en particulier depuis le XVIème siècle. Cette conquête se poursuit aujourd'hui, entre autres par l'idéologie. Elle crée ses propres concepts.

Or, contre les Lumières et les philosophes, J.-J. Rousseau a immédiatement développé une critique radicale de la science dans son premier texte : le Discours sur les sciences et les arts. J'en dis un mot, car je crois que tout ce qui est dans le Discours garde aujourd'hui sa pleine validité.

Rousseau considère que l'homme ne sera pas plus heureux pour être plus savant. Il commence donc par casser cette relation perverse science = bonheur. Etre savant n'est pas forcément bien agir. Il casse également la relation science = morale. Il établit plutôt un lien entre la science et la technique et ce qu'il appelle le luxe, c'est-à-dire plutôt le commerce et la loi du marché, l'économie. Il dénonce la prétendue objectivité et universalité de la science, c'est-à-dire le caractère absolu de théories pourtant différentes ou incomplètes et qui conduisent non seulement à l'erreur mais à la tromperie. Le pouvoir éclairé par la connaissance ne s'opposerait plus qu'à l'ignorance barbare et l'opinion des savants imposerait le silence à ce qu'il appelle " l'opinion publique " ou " le sens commun ", c'est-à-dire les non savants professionnels. C'est en ce sens qu'une civilisation scientifique ne peut être que despotique. " Le besoin éleva les trônes ", écrit-il, " les sciences et les arts les ont raffermis. " Il reproche également à la science de faire l'impasse sur la morale et sur la sensibilité, ce qui est précisément un choix idéologique. Il refuse donc à l'homme le droit d'intervenir en maître dans la nature et, peut-on dire aujourd'hui, à en transgresser les lois fondamentales, que Rousseau appelait " les mystères ".

La société scientifique opposée à la nature est donc foncièrement inégalitaire et n'aura que remplacé le droit du plus fort par celui du plus savant.

A partir de là, je voudrais maintenant très concrètement donner quelques-uns de ces concepts, c'est-à-dire les idées non scientifiques mais cependant jugées incontestables, objectives, universelles, amenées non par la science, qui se contente de chercher et de trouver des lois, mais par l'idéologie de la science.

II Quelques concepts idéologiques

J'appellerai idéologique tout ce qui est lié à un concept subjectif (le bien, le bonheur) et d'abord l'idée que tout ce qui augmente est positif.

1 La science amène à sanctifier toute espèce de progrès quantitatif, toute augmentation fondée exclusivement sur la vitesse, la puissance, le nombre, etc. Toute extension, augmentation, s'appelle progrès ou " modernisation ". Elle est donc investie d'une charge positive, subjective, idéologique. Car il n'y a évidemment aucune espèce de progrès moral ou qualitatif dans cette notion. Je pouvais produire 1 kg en une minute, je peux en produire 2 en 30 secondes : c'est un progrès, quels que soient les dégâts que je cause par ailleurs. On pourrait tout à fait considérer que produire moins et détruire moins serait un progrès qualitatif. Il en est de même avec le développement, c'est-à-dire l'augmentation de la pression technologique, monétaire, consumériste, la forme moderne du colonialisme qui tend à considérer comme des peuples enfants, sauvages ou stupides ceux qui n'appliquent pas totalement le modèle occidental d'industrialisation. En deux mots : plus on a de bagnoles, plus on est développé. Sinon, on est sous-développé. Il y a des pays développés et des pays sous-développés qui ne peuvent qu'espérer se développer sur un modèle unique, ce qui est une forme de colonisation, voire d'évangélisation, surtout quand l'aide au développement amène la dette et ses intérêts. C'est la même chose avec l'idée de croissance économique. Tout doit croître éternellement, ce qui stagne est régressif. L'idéologie de la croissance s'oppose à toute espèce d'équilibre, sur lequel est fondée la nature.

2 La science oblige à considérer la nature comme une matière qu'il faut comprendre pour la dominer, la transformer et l'exploiter et non pas comme une partenaire qu'il faut comprendre et respecter en soi, et pas seulement par rapport aux prétendus intérêts humains. Elle appelle la destruction de son objet. Il était dangereux de prétendre voir la nature avec objectivité.

Je ne crois pas exagéré de dire que le recul de la nature est exactement proportionnel à l'avancée de la science, alors même qu'il appartient maintenant à la science d'aider à restaurer et à protéger la nature. Il est inhérent à l'esprit scientifique de mettre la nature au service de l'homme (Descartes, Bacon). Tous ceux qui considèrent d'abord le vivant comme du mort, la forêt comme du bois, l'animal comme de la viande, l'eau ou la terre comme un support participent de la pensée technoscientifique confondue avec le productivisme. Tout ce qui est désacralisé est aussitôt objectivisé, réifié, et c'est la nature tout entière qui a été réifiée. On passe directement de la divinité à la marchandise. La science, quand elle est liée au pouvoir des marchés amène nécessairement la destruction de ce qu'on appelle l'environnement.

3 Une vérité qui se prétend universelle et objective en se passant de la morale et de la sensibilité repose déjà sur un postulat moral : tout ce qui n'est pas quantifiable n'existe pas ou ne mérite pas d'être pris en compte. Qui entre dans un laboratoire doit laisser ses idées et ses sentiments au vestiaire. Ainsi, il est prêt à devenir un bourreau, à torturer des animaux, à fabriquer des monstres, des engins ou des produits de destruction, etc. On ne peut pas passer par dessus ses idées et ses sentiments pour expérimenter en expliquant que la fin justifie les moyens. On ne peut pas évacuer comme non pertinent tout ce qui n'est pas quantifiable. Je donne un exemple extrême avec Eichmann, le bourreau nazi.

La première fois qu'il est entré dans un camp de concentration, il a dit qu'il avait dû surmonter sa nausée pour faire son sale boulot. Ma théorie c'est plutôt ne surmontons pas notre nausée, ne transigeons pas avec nos idées. Nous n'avons qu'elles.

De même, l'idée que la science exige des victimes, que la fin justifie les moyens est une idée criminelle toujours en vigueur aujourd'hui. Il n'y a pas plus de raison de sacrifier des êtres vivants à la science qu'il n'y en avait jadis à les sacrifier à des dieux. Ceux qui torturent les animaux dans les laboratoires ne se rendent pas compte, j'espère, qu'ils utilisent exactement les mêmes arguments que ceux qui, au XVIIIème siècle, faisaient des expériences sur les condamnés à mort, et au XXème sur les Juifs, les malades mentaux, et même, plus près de nous, sur les moribonds ou les Zaïrois. Dire que la souffrance ou la mort d'êtres jugés inférieurs est nécessaire au bonheur d'êtres jugés supérieurs est une idée absolument inadmissible dans tous les cas.

4 Dans le sillage du fantasme de perfection amené par la science peuvent se glisser des idées dangereuses comme l'eugénisme repris par le stalinisme, le nazisme, par les démocraties et par les particuliers. Il n'y a pas d'amélioration dans l'absolu, mais seulement en fonction de critères plus ou moins arbitraires et qui sont toujours considérés comme absolus (Ex. : " l'amélioration des races animales " qui n'est qu'un formidable appauvrissement des ressources génétiques). Le déterminisme biologique aussi. La phrénologie est aussi un exemple d'application prétendument scientifique, et, avec les théories mécanistes neurobiologiques, déterministes de J.-P. Changeux, on n'est pas très loin de ça. Le caractère humain ne serait plus défini par les os du crâne mais par les neurones du cerveau.

5 La politique qui s'applique dans le domaine de la science, c'est la politique du pire. On considère que l'éthique peut servir de contrepoids, mais jamais aucune éthique n'a empêché le pire d'arriver. Ce qu'on appelle " une dérive " s'est produit dans 100 % des cas. L'idée qui s'applique c'est celle qui s'exerce dans le domaine de la concurrence commerciale ou la guerre. Si nous ne le faisons pas d'autres moins scrupuleux le feront avant nous et l'utiliseront contre nous. C'est donc la course au pire. C'est l'argument qu'on a donné pendant la guerre aux savants qui ne voulaient pas construire la bombe atomique. Si nous ne la trouvons pas avant Hitler il nous l'enverra sur la figure. On l'a donc trouvée avant lui et on l'a envoyée sur les Japonais. C'est ce qui se passe aujourd'hui avec les manipulations génétiques, végétales, animales ou humaines. Il y aura toujours un illuminé, un cinglé ou un criminel pour faire ce que les autres ne veulent pas faire. Bacon avait dit : " Tout ce qui pourra être fait sera fait. " J'ajoute : même et surtout le pire.

6 Ce qui est bon pour la science est bon pour l'humanité et pour la planète. Et tout va en s'améliorant puisque la science ne régresse pas et que, pour reprendre l'expression du comité d'éthique, " l'ignorance est rarement un facteur de liberté. " J'ai déjà dit qu'il n'y a pas de lien entre la science et le bonheur, la liberté ou le progrès quantitatif.

Aujourd'hui, on peut même dire que ce qui permet de comprendre la nature pour la maîtriser, la transformer, la détruire ou la vendre est mauvais pour l'humanité, comme on en a un exemple avec les OGM. La science provoque désormais plus d'inquiétudes que d'espoir. Sinon, il n'y aurait pas de comité d'éthique, de conférences de citoyens, de débats, etc.

La science n'exclut nullement l'utopie. Dans la Nouvelle Atlantide, Bacon faisait la liste des choses merveilleuses, magiques, qu'on était en droit d'attendre de la science : " Prolonger la vie, rendre la jeunesse, retarder le vieillissement, guérir les maladies réputées incurables, augmenter la force et l'activité, transformer la stature, augmenter et élever le cérébral, transformer les traits, métamorphoser un corps dans un autre, fabriquer des espèces nouvelles, transplanter une espèce dans une autre, rendre les esprits joyeux et les mettre dans une bonne disposition, etc. " On voit que tous ces espoirs insensés sont aujourd'hui soit des réalités soit des menaces, par exemple transplanter une espèce dans une autre ou rendre les esprits joyeux.

7 Seuls ceux qui savent doivent parler et les autres n'ont qu'à se taire, car chacun est spécialiste de quelque chose mais personne de tout.

Cela élimine les citoyens de tout débat, car aucun, à moins de s'organiser et de s'équiper, n'a les moyens intellectuels ou financiers de mener des contre-études. Cela renvoie à la critique de J.-J. Rousseau selon laquelle on doit pouvoir disposer du savoir sans que la parole des savants fasse taire les non spécialistes, sinon les savants sont juge et partie, en particulier quand ils sont membres de commissions non scientifiques qui devraient moraliser la science, comme les comités d'éthique. Ils sont intéressés à l'avancée technoscientifique, ne serait-ce que par curiosité.

IV L'expertise et le pouvoir

Le malheur est que pour justifier cette raison économique, on appelle toujours la science au secours. Désormais, tout projet de domination ou d'exploitation commerciale se fonde sur une expertise scientifique, quitte à ce qu'on reprenne cette expertise jusqu'à ce qu'elle coïncide enfin avec le projet politico-commercial. Le pouvoir des experts existe déjà. Tous ceux qui comme moi militent pour la protection de la nature savent que l'expertise n'est qu'un outil politique. Par exemple, pour contrer les dates européennes de chasse aux oiseaux migrateurs, les chasseurs n'ont pas hésité à commander à l'étranger un rapport politique (Ornis) sur la migration et la reproduction des oiseaux opposé à celui du Muséum d'histoire naturelle et à d'autres organismes. Actuellement, les pêcheurs confrontés à la volonté européenne de réduire les flottes sont à la recherche d'une expertise qui tendrait à prouver que la surpêche n'est nullement responsable de la baisse des ressources halieutiques. Je suis certain qu'ils l'auront, ne serait-ce qu'en prouvant qu'on ne peut pas prouver le contraire. Nous avons tous connaissance de rapports pseudo-scientifiques qui nous expliquent qu'il est plus dangereux de vivre sur un site granitique que près d'une centrale nucléaire, qu'il y a trop d'éléphants, trop de baleines, que les OGM vont résoudre le problème de la faim dans le monde, que le clonage permettra de sauver des espèces menacées, qu'une coupe à blanc régénère la forêt, et autres mensonges.

Les poules préfèrent les cages - Je vais en revenir à mon exemple de prédilection, que je trouve particulièrement significatif, sur les poules pondeuses. Tout le monde sait que les poules de batterie sont détenues dans des conditions épouvantables. L'Europe avait prévu d'agrandir un peu leur cage, projet auquel les éleveurs s'opposent évidemment pour des raisons économiques. Pour ne pas passer pour des bourreaux vénaux, il leur fallait une caution scientifique. Curieusement, elle est venue de l'INRA. Le professeur Jean-Michel Faure prend huit groupes de quatre poules, toutes déjà élevées en cage. Il les place à tour de rôle dans une cage qu'elles peuvent agrandir ou rétrécir en appuyant sur un bouton avec le bec. Deux groupes préfèrent les petites cages, deux les grandes, quatre n'expriment aucun choix. Fort de ces résultats vraiment lumineux, le professeur affirme : " La plupart des groupes testés ne montrent pas de préférence pour une grande cage. " Donc la poule n'a pas besoin d'une grande cage. Et il conclut : " Il est déplorable que le législateur prenne la responsabilité d'augmenter considérablement les coûts de production. ", prenant ainsi délibérément et scientifiquement le parti du productivisme et des éleveurs contre le projet de loi. Cette étude particulièrement absurde, pour ne pas dire malhonnête, ne tient compte d'aucune autre réalité que la cage et que les coûts de production, sans aucune référence à l'éthologie des animaux et aux conditions non industrielles qui permettent pourtant à n'importe quel imbécile d'affirmer sans aucun risque de se tromper qu'un animal à qui la nature a donné des ailes pour voler et des pattes pour courir est forcément plus heureux dans une basse-cour ensoleillée que dans une cage de 30 cm2. Et je ne parle évidemment pas des grandes manipulations comme Lyssenko.

V. Un gouvernement scientifique serait comparable au despotisme éclairé. Il conduirait à une dictature. " Tout ce qui est scientifique est éthique ", disait le prof. Bernard, ce qui signifie que tout ce qui éthique est scientifique, idée complètement absurde. Nous sommes en pleine tautologie.

Le pouvoir de décider ne doit pas revenir aux seuls savants.

Je cite un passage de L'Economique et le vivant de René Passet : " Le pouvoir appartiendrait alors à celui qui sait, le savant, le seul apte à se prononcer sur les normes à respecter et les ajustements à effectuer. Il échapperait au contrôle démocratique dans la mesure où le débat revêtirait un caractère essentiellement technique, mettrait en jeu de très longues périodes débordant le champ des sensibilités individuelles et, en raison des interdépendances mondiales, exigerait des sacrifices nationaux qu'il serait difficile d'obtenir des populations. En somme, un type de gouvernement scientifique, centralisé, autorégulé, devenu cybernétique, dans lequel des individus passifs seraient soumis à une quantité de contraintes dont l'histoire ne montre aucun précédent. Ce schéma extrême, non invraisemblable, à propos duquel on ne peut manquer d'évoquer la société de 1984 de G. Orwell, doit être considéré avec sérieux si l'on veut être en mesure d'en conjurer l'éventualité. "

Conclusion

Je crois en effet que tout ce qui peut être fait sera fait, même et surtout le pire, tant que nous resterons dans ce système scientiste. C'est pourquoi il importe d'en sortir au plus tôt. Il n'y a pas de fatalité technoscientifique. On a vu des sociétés se détourner des " progrès techniques " parce qu'elles ont d'autres priorités. Les Aztèques connaissaient la roue mais ne l'utilisaient que pour les jouets, de même que les Chinois connaissaient la poudre et ne l'utilisaient que pour les feux d'artifice. Ainsi, le Moyen Age interdisait la scie hydraulique pour épargner les arbres et l'Eglise l'arbalète (contre les seuls chrétiens il est vrai). A Dantzig, en 1530, on a condamné à la noyade l'inventeur du métier à tisser parce qu'il risquait de " convertir nombre d'ouvriers en mendiants ". De même, en 1775, l'ingénieur Duperron a été considéré comme un ennemi de l'humanité parce qu'il avait inventé un orgue militaire capable de tirer 24 balles à la minute. On n'en était pas au temps où l'on donnait le Prix Nobel à l'inventeur de la fission nucléaire ou à Fritz Heber, l'inventeur du gaz moutarde et du Zyklon B.

Il n'y a aucune raison pour que la science échappe aux règles de la démocratie, je veux dire d'une vraie démocratie, où l'intérêt général prévaut sur celui des particuliers. Les valeurs essentielles ne sont pas dans la science, elles sont dans la nature et dans le vivant, dans nos idées et notre sensibilité, et le droit à une nature non manipulée devrait être le premier des droits de l'homme, constitutif de tous les autres, car dans un espace privé d'eau, d'arbres ou d'oiseaux, il n'y a de liberté qu'illusoire.

Pour cela il faut sortir du scientisme comme il faut sortir de l'économisme, ce qui implique un changement total, profond et immédiat qui s'appelle aussi une révolution.

 

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