...Brevets sur la vie, brevets sur la pensée : quels enjeux ?
conférencedébat organisée par Act'up, AFUL, APRIL et OGM:Dangers
le samedi 6 juillet 2002 à 17 h
Salle des fêtes - Mairie du Xème arrondissement de Paris
72, rue du Fbg StMartin - 75010 Paris
Sont intervenus :
Richard Stallman (ancien membre du MIT et fondateur du projet GNU) parlera des logiciels,
JeanPierre Berlan (directeur de recherches à lINRA) parlera du vivant et
Richard Stallman
Ne pas confondre brevets et droits dauteur. Les deux notions sont regroupées par erreur sous lexpression " propriété intellectuelle " alors quelles diffèrent sur bien des points.
Les droits dauteur protègent une uvre, les brevets une idée qui va être utilisée, qui doit être nouvelle et utile (ces deux caractéristiques nayant pas besoin de représenter une nouveauté et une utilité exceptionnelles).
Les droits dauteur ont une durée de vie (de 70 ans après le décès de lauteur aux États-Unis ; de 50 ans après le décès de lauteur en Europe de lOuest), les brevets, de 20 ans.
Les brevets représentent un monopole absolu : même si quelquun peut prouver quil a trouvé la même idée au même moment, cest le premier qui brevète qui a tous les droits.
En informatique, les brevets constituent une entrave au progrès. Ils imposent leur loi à tout utilisateur dordinateur. Les programmes informatiques sont une chose complexe : chaque fonctionnalité, chaque combinaison de fonctionnalité peuvent être brevetées... Sur un seul logiciel de traitement de texte, il y a quelque 5000 brevets.
Développer soi-même un programme équivaut à " traverser un champ de mines " : à tout moment, on peut tomber sur quelque chose qui a été breveté ; déposer un brevet est chose tellement complexe que le concours davocats est nécessaire. (Et les cabinets dhommes de loi prolifèrent et profitent et senrichissent et constituent de puissantes structures qui soutiennent lidée des brevets...)
IBM possède environ 9000 brevets, ce qui offre au moins deux avantages.
Le 1er, cest largent des licences. Mais IBM considère cet avantage comme étant dun niveau dix fois moins intéressant que le 2ème.
Le 2ème, cest laccès aux idées de ceux qui demandent des licences IBM ou qui acceptent des échanges de licences.
Or en informatique on est obligé dutiliser des programmes existants pour écrire un programme innovateur.
Conclusion, les grandes entreprises peuvent continuer leur activité via des échanges ou des achats de licences, les petites entreprises ou les particuliers, non.
Jean-Pierre Berlan
Deux idées paradoxales :
1° Il est étonnant que les critiques adressées à lextension du droit de brevet soient adressées par des libéraux comme J.Fr. Mattéi avec la directive 98/44.
2° On considère comme valide laffirmation quun brevet offre une protection, que sans brevet il ny aurait pas protection de linnovation. Dans le domaine des biotechnologies, une Noëlle Lenoir affirme quelles coûtent cher, et que les brevets constituent un retour sur investissement.
Or il ny a aucune preuve, aucune étude économique démontrant que les brevets favorisent linnovation : un officiel de l'Office Européen des Brevets (OEB) a reconnu récemment auprès dHervé Le Meur qu'il n'avait aucune preuve de leur effet incitateur. Et même, une étude (Bessen et Maskin) a montré que dans des domaines à innovation séquentielle (toute innovation est fortement dépendante d'autres innovations), les brevets ont un aspect verrou qui prend le pas sur tout effet de protection. Donc ils ont un effet néfaste pour l'innovation.
Ces paradoxes peuvent sexpliquer si lon inverse la problématique : pourquoi les libéraux, pour qui toute forme de monopole est un anathème, sont-ils favorables aux brevets qui constituent des monopoles ?
La réponse pourrait être : le brevet, ce nest pas la protection, cest la concurrence.
Sur le plan historique, cest lors de la révolution industrielle quest apparu le secret sur les inventions. Avec les brevets, on prévoyait que la description des innovations les rendrait reproductibles, puisque linformation devenait publique.
En apparence, on organisait la protection de linvention. Mais on organisait aussi la concurrence pour la détruire. Cf. La Main invisible dAdam Smith.
Aujourdhui, la situation a complètement changé. Les échelles ont changé. On est dans une phase de cartellisation où seulement quelques entreprises vont dominer des champs entiers de lactivité économique via le brevet. Le projet néolibéral, cest le monopole.
Compte-rendu écrit par Nicole Thiers
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