Communiqué de Terre de Semences





Terre de Semences qui produit et distribue, depuis cinq années, des semences issues de l'agriculture biologique et bio-dynamique, est gravement menacée quant à sa capacité de continuer à oeuvrer "Pour la Protection de la Biodiversité" et quant à sa survie même.

Terre de Semences présente dans son catalogue-revue près de 1400 variétés ou espèces de plantes potagères, à grains, condimentaires et florales : 300 variétés de tomates de toutes couleurs, 120 variétés de laitues, 80 variétés de courges, 120 variétés de piments, etc.

La grande majorité de ces variétés sont illégales à la vente puisque non inscrites sur le Catalogue Officiel.

En effet, pour la plupart des espèces alimentaires, ne sont inscrites dans le Catalogue Français que des variétés hybrides F1 ou des variétés fixées protégées pendant 20 années. Pour une espèce telle que la tomate, il n'y a, en fait, dans ce catalogue, que 2 % de variétés fixées dites "du domaine public", à savoir non protégées et en circulation libre.

Depuis le début du siècle, la plus grande partie des anciennes variétés a disparu et cette tendance s'est profondément intensifiée à partir de 1961 et de la création du système des "obtentions végétales" (U.P.O.V.) qui a permis aux multinationales de la pétrochimie de racheter un bon millier de semenciers dans l'hémisphère nord en l'espace d'une trentaine d'années. Pour mémoire, une dizaine de multinationales contrôle actuellement près de 40% du marché mondial de la semence dont les quatre principales sont Du Pont, Novartis, Limagrain et Monsanto. L'éradication des anciennes variétés et leur remplacement par des variétés hybrides F1 a généré un marché totalement captif, puisque, par essence, ces variétés F1 ne sont pas reproductibles conformément au type : les jardiniers, les maraîchers et les agriculteurs doivent donc les racheter tous les ans.

Afin de "légaliser" notre travail et celui de quelques autres semenciers oeuvrant dans cette même dynamique de protection des ressources génétiques, un arrêté ministériel, publié au Journal Officiel Français le 26/12/1997, a ouvert un registre "variétés anciennes pour jardiniers amateurs". Selon cet arrêté, pour qu'une variété puisse être inscrite dans ce catalogue de variétés anciennes, il faut :

- prouver qu'elle ait plus de 20 ans d'âge.

- prouver qu'elle soit vraiment distincte, homogène, stable.... et l'avoir en champ d'expérimentation pour que les contrôleurs des services de l'Etat puissent venir réaliser des inspections d'identité et de pureté variétale.

- payer, un demi-droit, à savoir 1450 francs par variété .

L'inscription ne permet que la vente en France et aux jardiniers amateurs exclusivement avec une mention claire sur chaque sachet : " variété destinée exclusivement aux jardiniers amateurs".

Le cadre légal mis en place nous est totalement inacceptable.

* Nous refusons de prouver que nos variétés aient plus de 20 ans d'âge. En effet, si certaines variétés ont été inscrites sur des catalogues commerciaux ou mentionnées dans des annales historiques il y a 50, 100 ou même 150 ans, d'autres par contre sont des variétés strictement "locales", à savoir qu'elles sont liées à une culture régionale, villageoise ou parfois même simplement familiale, et elles n'ont jamais été commercialisées.

* Nous refusons les questionnaires complexes, en 22 points, du GEVES quant à la détermination botanique de chaque variété : fasciation de la fleur, assise d'abscission du pédoncule, dépression de l'attache pédonculaire, taille de l'attache pistilaire, etc.

* Nous refusons surtout le déterminisme fixiste de l'homogénéité et de la stabilité. Le vivant est synonyme d'évolution ! Les variétés évoluent et ce d'autant plus qu'elles sont travaillées selon des modalités culturales respectant l'environnement : elles sont alors, en effet, beaucoup plus sensibles aux divers facteurs du biotope (le sol, les conditions climatiques, les rythmes saisonniers, etc.).

* Nous refusons encore plus de payer quelle que somme que ce soit pour avoir le droit de protéger les ressources génétiques et sommes même persuadés que nous devrions être soutenus financièrement par l'Etat dans notre dynamique de conservation. Pourquoi devrions-nous payer pour maintenir en vie des anciennes variétés, qui sont le patrimoine de l'humanité, alors que depuis des dizaines d'années, la recherche publique profite avant tout aux grandes firmes privées et aux multinationales pour développer des hybrides F1 et maintenant les plantes transgéniques.

Le programme Génoplante est le dernier mariage en date entre la recherche publique et la recherche privée : INRA, CNRS, CIRAD, Rhône Poulenc, Biogemma... Son budget sur 5 ans est de 1400 millions de francs financés à 70% par l'argent du contribuable. Son but avoué est l'élaboration de semences de qualité répondant aux exigences des agriculteurs et consommateurs (Quelles exigences ?) Son but inavoué est de créer encore plus de plantes transgéniques qui seront source de brevets et de profits et qui permettront à quelques firmes privées d'asseoir leur monopole absolu.

* Nous refusons, enfin, que les variétés anciennes ne soient pas accessibles aux professionnels de l'agriculture.

On nous a aimablement informé qu'à défaut de nous plier à ce cadre légal, la Répression des Fraudes entrerait en action, pour la protection du consommateur !

Pour la protection du consommateur, que dire alors de la vigueur hybride des variétés F1 qui est sans doute une des plus grandes supercheries de l'agriculture moderne (cf. les articles de Monsieur  J.P. Berlan, directeur de recherche à l'INRA) ? Pour la protection du consommateur, que dire alors de la crise de la vache folle, du poulet à la dioxine, du boeuf aux hormones, de l'empoisonnement inexorable de l'humanité et de la planète par l'agriculture chimique et du scandale des transgéniques dont la technologie Terminator est l'apothéose ?

A quoi bon tout ce fatras paperassier et financier alors que depuis des années, nos anciennes variétés font la joie de dizaines de milliers de jardiniers, dans toute l'Europe, qui les ont cultivées, en toute beauté, sans une quelconque protection légale ? On les retrouve même dans de nombreux jardins municipaux dont ceux de la mairie de Paris ! La majorité de notre collection de tomates (comprenant 500 variétés) est offerte pour la joie des visiteurs au jardin conservatoire de la tomate de Louis-Albert de Broglie au château de la Bourdaisière près de Tours.

Après huit années de travail dans ce domaine magnifique de la biodiversité alimentaire, que pouvons-nous faire alors que les pressions s'intensifient de toutes parts ? Certains de nos distributeurs nous ont prestement signifié qu'ils ne souhaitaient plus bénéficier de notre "clause d'illégalité" !

Nous n'avons pas les moyens de nous battre contre les moulins à vent. Nous sommes convaincus, cependant, que nos semences sont les semences du futur. Face aux transgéniques, il n'est que peu d'alternatives : les anciennes variétés doivent rester dans le domaine public et sans entraves à leur libre circulation.

Face à la mainmise sur le vivant opérée par les multinationales, il nous semble essentiel de dynamiser des processus de développement harmonieux du jardin familial afin que le jardinier puisse produire ses légumes, ses plantes à compost et ses semences.

Nous souhaitons continuer notre combat au service de la communauté des jardiniers : nous nous sommes laissés inspirer par le symbole de la Fertilité que l'on retrouve de la pointe de l'Amérique du sud jusqu'au nord du Canada, dépeint dans des grottes, sur des rochers, sur des poteries depuis des millénaires. Kokopelli est son nom et il est le joueur de flûte bossu. Sa bosse n'est pas une vraie bosse, c'est un sac de semences. Tout en semant les graines cachées au creux de sa bosse, il chante et il joue de la flûte. Il insuffle, ainsi, dans les semences le souffle de la Vie.

Avec cette belle image, nous avons créé une association de loi 1901 : "Association Kokopelli, pour la Libération de la Semence et de l'Humus" afin que la Semence puisse de nouveau être un objet de don, d'échange et de convivialité.

Si la législation Française nous oblige à fermer Terre de Semences, nous continuerons le combat au sein de cette association. De toute façon, nous réalisons depuis le début un travail d'association et de conservatoire : en effet, à notre époque, il n'est pas "rentable" de proposer 300 variétés de tomates et encore moins d'en assurer la conservation.

Nous avons déjà sollicité le soutien de fondations pour créer, avec l'association Kokopelli, un réseau de jardiniers sur le plan européen. Une adhésion forfaitaire avec accès à la banque de semences permet de sortir du domaine conventionnel de la commercialisation et donc, de contourner la loi.

La semence, c'est la Vie : libérons la.

Terre de Semences - Oasis - 131, Impasse des palmiers 30100 Alès

Cf. aussi http://www.kokopelli.asso.fr